« Coup de projecteur »

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Dans son « Panier » du printemps 2019, l’ACALAVO a souhaité

donner un petit coup de projecteur sur…

…deux poèmes :

 

 1. « Elle rit » de Marcel FAURE :

En vrac sur le trottoir

Elle dort

Et son rêve de draps

Tout autour d’elle blanchie

Il neige

Rugueuse

Coriace

Aguerrie

Elle dort à même le sol

Sa colère la réchauffe

Et son front

Brûlant de fièvre

Agrippe la vie

Jusqu’au matin

Secouant ses jupons

Elle s’étire

Des flocons tombent

Et elle rit

Oh comme elle rit

Le ciel a beau cracher ses nuages

Elle rit comme une bête

Comme un asile en folie

Sous l’écriture du givre

Elle rit de ce jour arraché à la mort

 

2. Un second poème intitulé « Puisque la rose meurt »et signé Daniel DURAND :

Ma mie, ainsi, le temps n’est plus

De nos amours sonne le glas

Ma mie, hélas, tu ne sais plus

Le doux émoi des premiers jours.

 

La rose a perdu sa fraîcheur

De nos amours, l’ardente flamme

Est devenue braise, puis cendre.

Ne cherchons pas qui est pêcheur.

Ma mie, vois tu, point ne t’en blâme,

Et je n’ai pas à m’en défendre.

 

La rose a perdu sa beauté.

Deux cœurs s’en vont à la dérive

Sur l’océan des amours mortes.

Ma mie, ainsi l’éternité

N’est pas des amours fugitives,

Et le temps passe et les emporte.

 

La rose a perdu son parfum,

Perdu ses pétales aussi.

D’elle, à présent n’est plus grand-chose.

Ne pleurons pas l’amour défunt.

Il ne pouvait qu’en être ainsi,

Puisqu’il faut que meure la rose.

 

…et enfin une nouvelle :

 » La légende des coquillages  » par Rolande REDOUTE RENAUDEAU.

Il y a plus de deux cent millions d’années, la mer recouvrait notre région. Un savant vous expliquerait que cette époque s’appelait très précisément le Sinémurien et qu’elle se situait à l’ère secondaire..

A cette époque donc, vivait au fond bleu d’un gouffre profond, dans une grotte tapissée de sables d’or et d’algues d’améthyste, une minuscule sirène, plus petite qu’un tout petit crabe, une petite sirène turbulente.

Vivait aussi, au cœur des eaux profondes, un petit garçon sirène très agréable et parfaitement beau qui suivait partout la petite sirène, son amie.

Ils pouvaient se promener, nager, jouer parmi les bouquets d’algues ou au creux des rochers. Maman Sirène le permettait ; mais elle avait aussi recommandé :

« Surtout, mes petits, n’allez pas vers le trou de la pieuvre »

Les petits siréneaux étaient turbulents, mais pas désobéissants. Ils n’avaient pas du tout l’intention d’aller de ce côté. Mais un jour…

Ils ont glissé sur le sable tout cuivré, tout mouillé qui est au fond de la mer. Ils ont exploré les récifs de bronze qui abritent les crabes. Ils ont chevauché une tortue marine qui allait en voyage. Ils se sont laissés porter jusqu’à la crête argentée des vagues.

… Et sans le faire exprès, ils sont arrivés devant le trou de la pieuvre. Dans un tourbillon noir, le monstre répugnant se jeta sur eux, et voulut les attraper de ses longs bras de caoutchouc gluants. Terrorisés, les siréneaux , ne pouvaient même pas fuir, ils appelèrent, criant très fort :

– Maman Sirène, Maman Sirène, au secours ! »

Ses blonds cheveux flottant derrière elle, sa longue queue d’argent battant l’onde alentour, ses beaux bras souples fendant les vagues devant elle, Maman Sirène se précipita, folle d’inquiétude, jusqu’à l’antre e la pieuvre.

Elle lutta longtemps, la Sirène courageuse, pour arracher les enfants aux bras de ce monstre !

Les longs cheveux de soie de la Maman Sirène et des petits siréneaux s’entortillaient, s’emmêlaient, s’accrochaient dans la forêt des bras innombrables de la pieuvre. Et les Sirènes martyrisées souffraient mille trépas.

Mais la pieuvre, elle, parce qu’elle était méchante, ne souffrait pas. Ses bras multiples, mous et gluants étaient insensibles, comme son cœur.

Elles eurent très peur, très mal, les trois gentilles sirènes… Mais Maman Sirène finit par tuer la pieuvre. Ce fut alors un bonheur sans mélange ! Et pour montrer leur joie, les gentilles sirènes, les petits poissons d’argent, tous les petits crabes de corail et même les coquillages de nacre se mirent à danser le plus pittoresque des ballets autour du cadavre vert et flasque de la pieuvre.

Alors, au milieu de l’allégresse générale, surgit le mari de la pieuvre. C’était le cruel Enchanteur de l’Océan, un être étrange et fabuleux, qui ressemblait un peu aux sirènes à cause de sa queue de poisson. Mais son aspect était repoussant, sa laideur effroyable ; imaginez une bouche large et des yeux ronds de requin, une barbe immense et des cheveux emmêlés faits d’algues longues et mauves, les plus étranges qu’on puisse voir.

A la vue de la pieuvre étalée, sombre corps inanimé sur un tapis de sable mordoré, l’enchanteur monstrueux devint subitement fou de désespoir et de rage. Il souleva immédiatement la plus terrible des tempêtes. Les vagues, hautes comme des montagnes, semblaient vouloir monter à l’assaut du ciel. Les poissons affolés de précipitèrent dans les creux des rochers. Les crabes se cachèrent comme ils purent pour échapper au courroux de ce méchant génie… Ce fut une suite désordonnée d’éclairs d’argent et de corail !

Tous les coquillages qui s’étaient refermés de peur, furent projetés comme des balles de nacre et d’or jusque sur les plages de sable brûlant comme un brasier.

Mais les trois sirènes, atterrées, avaient tellement peur qu’elles n’osaient même plus bouger ! Elles se tenaient très fort par la main, et la tempête ne pouvait rien contre elles. Seuls bougeaient leurs longs cheveux soyeux dans l’onde transparente.

Ivre de fureur, le cruel Enchanteur de l’Océan, les transforma alors en coquillages pour que les lames tumultueuses puissent les rejeter. En effet, de nouvelles vagues écumantes les firent rouler, puis les projetèrent auprès des autres coquillages malheureux, jusque sur le sable sec des plages, à l’enfer du grand soleil.

Tous les coquillage-coquillages et les trois coquillages-sirènes moururent d’avoir perdu leur maison sous la mer et tous leur amis, tant il est vrai qu’on ne peut pas vivre quand on a tout perde.

C’est pourquoi, depuis ce temps là, on trouve encore des coquillages (mais ils sont fossilisés) dans les terrains sablonneux de nombreux villages de notre Haute-Saône, en partie à Francalmont, Fontaine les Luxeuil et Beaudoncourt.

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