« Coup de projecteur »

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Dans son « Panier » de l’été 2018, l’ACALAVO a souhaité

donner un petit coup de projecteur sur…

…deux poèmes :

 1. Un poème de Roland MARX :

La ville couve

de vieux chagrins

des rats

des louves

des assassins

des amours brèves

des cris d’enfants

et quelques rêves

ébouriffants

 

2. Un second poème, signé Pierre CAILLE  :

Je ne sais si tu m’as compris

Le fait de choisir un chemin

A l’horizon d’amour

Et de tendresse.

 

Je ne sais si tu m’as entendu

Parfois parler de l’hymne poétique.

Ce chant qui devient réalité

Dans mon esprit.

 

Frisson du lendemain enchanteur

Proclamant la liberté de l’ivresse

A l’inspiration.

Arbre de vie rayonnant,

Donnant fruit, douceur,

Au palais.

 

Sensibilité instinctive

Où le bruissement du langage

Appartient au désir d’être.

Mais aussi incertitude

De l’impact créativité

Mêlant le pour et le contre.

 

Je ne sais si tu m’as compris.

Je ne sais si tu m’as entendu.

 

…et enfin une nouvelle :

 » Une salade » par Jacqueline LAZARE.

Chacun en rit encore, autant chez la couturière que dans le bistrot : c’est comme une traînée de poudre provoquant un étonnement mêlé, au bar, d’une moquerie bon enfant.

Petit René n’a pas son pareil pour raconter l’histoire ; avec des mimiques impayables, il met en joie tous les clients, Louise et la gamine ; il roule ses yeux globuleux, gonfle et dégonfle ses joues, s’envoie de grandes claques sur ses cuisses rondes et, comédien achevé, fait attendre son auditoire au moment le plus palpitant de sa narration ; son talent de conteur fait merveille :

– « Ils vivaient ensemble depuis tellement d’années qu’ils avaient fini par se ressembler ; c’était aussi dû au temps qu’ils subissaient l’un et l’autre, dans notre campagne où l’air est vif, les hivers longs, où il souffle souvent une bise aigre qui dessèche tout : le sol et la peau. Ils avaient le visage rouge, raviné, tourmenté de mille rides. Lui, Joseph, avait le crâne presque à nu, il le capotait souvent d’une vieille casquette sans forme et sans couleur. Elle, Mélie, pareille en cela à toutes les paysannes qui habitent nos villages, rattroupait ses mèches sous un foulard qui ne la quittait jamais.

« Notre montagne, avec ses dessus vallonnés, a l’air bonasse, mais nous qui la connaissons bien, nous savons qu’elle est traître parfois et nous ne l’abordons qu’avec le respect que l’on doit aux vieilles connaissances.

«  Sur les versants de chaque pré un peu encaissé, trop humide ou trop ombragé, poussent des colchiques, ces fleurs qui ressemblent si bien aux crocus ; certains prés à l’automne, en sont tout émaillés de mauve. C’est dans l’un d’eux que notre Joseph, avec l’aide de sa pioche, enlevait consciencieusement tous les pieds de colchiques ; il faisait cela depuis des années, mais l’automne suivant ressemblait tout à fait aux précédents et les colchiques fleurissaient toujours autant.

«  A force de coups de pioche, il ressentit des douleurs insupportables à l’épaule gauche, il s’en plaignit à Mélie, qui décréta tout de go… (à ce moment, Petit René fait attendre la suite) :

– C’est du « rhumatisse » !

« Puis elle chercha comment soigner son Joseph, bien évidemment sans le secours médical, là-haut cela se fait si peu !

«  Elle demanda à Vernicot, leur plus proche voisin qui, lui aussi, souffrait de rhumatismes, s’il savait, s’il connaissait une bonne recette :

– Oh ! Tu sais, la Mélie, depuis que j’ai des marrons dans mes poches, mes douleurs je ne les sens presque plus !

« Et Mélie descendit à l’école du village. Il y avait un marronnier dans la cour, elle n’eut qu’à se baisser pour avoir un plein panier de marrons tout luisants.

«  Elle en emplit les poches du Joseph qui grogna bien un peu, n’ayant plus de place pour son couteau, ses clous et ses ficelles. Les jours passaient, les marrons alourdissaient les poches, souvent il en perdait, mais surtout les douleurs étaient toujours là. Même, elles s’amplifiaient. Elles devenaient à ce point gênantes qu’il avait bien du mal à remuer son bras, le Joseph !

«  Et Mélie se souvint qu’elle avait une tante qui, mon Dieu, pouvait être encore de ce monde et qui soignait jadis avec des plantes.

Alors, elle prit sa charrette à quatre roues, mit à tout hasard une poule dedans (elle la donnerait à la tante en remerciement de ses services ou la vendrait en cours de route si jamais sa parente avait quitté notre vieux plancher) et la Mélie fit donc ses huit kilomètres à pied : c’est qu’elle y tenait à son vieux !

«  La tante avait encore bon pied, bon œil. Dame ! De courir la nature, cela conserve et puis les plantes ça n’a jamais tué personne… voire…

«  La tante expliqua à Mélie, avec force détails, comment préparer une mixture à base de raifort que Joseph devrait boire le matin à jeun –à la place de son petit verre de goutte- et cela pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, avant de voir son bras redevenir valide.

  •   Mais ça va nous mener loin tout ce truc et les travaux de printemps ?

– Si cela ne marche pas, il n’y aura plus que les colchiques !

«  Mélie regarda la tante ; elle le savait que les colchiques étaient dangereux mais si la tante le disait, on pouvait la croire : c’est qu’elle avait du bien bon sens et sans doute le raifort allait remettre Joseph en très bonne forme.

« Tous les matins, notre homme prit, sans jamais l’oublier, son petit verre de potion, en pensant toutefois que sa goutte avait bien meilleur goût.

«  Vers mai, juin, même juillet, il s’en trouva bien : le bras, l’épaule avaient repris un peu de mobilité. Il en remercia bien la tante –en pensée – mais au mois d’août les maux le reprirent : en septembre, il souffrit beaucoup, en octobre l’épaule fut complètement bloquée et lui refusa tout service. Joseph et Mélie se demandèrent comment finir les travaux de la ferme, c’est que la femme avait bien de la vaillance, mais elle ne pouvait être partout et puis, en campagne, il faut du muscle solide.

«  C’est alors qu’elle repensa aux colchiques.

– Mais la tante ne lui avait pas bien expliqué, ou Mélie ne s’en souvenait plus, puis elle n’avait pas le temps de perdre encore une grande journée pour aller lui demander la recette et peut-être qu’entre temps la tante était partie, enfin elle se trouva un tas de raisons, d’ailleurs réelles, pour rester chez elle, puis elle expliqua au vieux compagnon qui, d’abord, eut un sursaut et puis ensuite, eh oui ! il fut d’accord.

«  Mais comment les préparer ces colchiques ?

«  En cataplasmes ? Cela ne devait pas être bien efficace, il souffrait tellement le Joseph.

«  En soupe ? De les bouillir tuerait peut-être leur principe.

«  Ils se décidèrent, tous deux, pour une salade de feuilles de colchiques et, pour faire bonne mesure, on prendrait l’oignon de cette plante pour assaisonner la salade.

«  Ce qui fut dit, fut fait !

«  Oh ! il fit bien des grimaces pour mâcher, pour avaler : il trouvait cela plein d’amertume, mais enfin, il faut savoir ce que l’on veut et lui, il le savait : pouvoir se resservir de son bras !

« Bien sûr, Joseph se retrouva à l’hôpital, là où il souhaitait ne jamais aller et Mélie eut toutes les peines du monde à leur expliquer à ces messieurs que, bien non, elle ne voulait pas la mort de son homme : c’était au contraire pour le guérir qu’elle lui avait préparé une grosse salade de colchiques ».

… Si chacun rit, dans le bistrot, à la narration de cette histoire qui vient tout juste d’être connue, la gamine demeure rêveuse : elle a tant couru la nature en compagnie de son Ami Pouchu, qu’elle connaît bien la nocivité de certaines plantes et principalement des colchiques : elle ne comprend pas cette forme d’inconscience.

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